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Manger autrement : Ce que l’on vit à table lors d’une retraite spirituelle

28/01/2026

Un autre rythme à table : Redécouvrir le temps du repas

Ceux qui partent en retraite l’ont vite compris : la restauration ne se vit pas comme une simple pause gourmande, mais comme une expérience à part entière. Dans les maisons spirituelles, les repas sont des moments où la convivialité, l’attention à l’autre et la qualité de présence priment aussi bien que la qualité de l’assiette.

Il n’est pas rare de constater, dès la première journée, que manger reprend tout son sens : nul besoin de courir, ni de téléphoner entre deux bouchées. Ici, le rythme est volontairement ralenti. Les repas scandent la journée, servent de points d’ancrage, et offrent à chacun la possibilité de se nourrir sans se hâter.

Comment sont organisés les repas pendant une retraite ?

La question de l’organisation revient souvent avant une première retraite : Quels sont les horaires ? Peut-on choisir ? Comment sont dressées les tables ? Les réponses varient selon le lieu, mais quelques points communs caractérisent la plupart des maisons de retraite spirituelle en France, qu’elles soient religieuses ou non confessionnelles.

Les horaires et la ponctualité

  • Petit-déjeuner : Entre 7h et 8h30, souvent en buffet léger (pain, confiture, café, thé, parfois fruits ou céréales).
  • Déjeuner : Généralement servi entre 12h et 13h, sous forme d’un repas complet.
  • Dîner : Proposé entre 18h30 et 19h30, léger, afin de préserver sommeil et recueillement.

Le respect des horaires est une marque d’attention à la communauté : arriver à l’heure signifie respecter le silence (s’il est de mise), mais aussi ne pas gêner l’organisation de la maison. (Source : retraites-spirituelles.com)

La diversité des formules de restauration

Chaque maison a sa tradition : service à l’assiette, plats déposés sur de grandes tables à partager, ou buffet dans la simplicité. Rarement sophistiquée, la cuisine des retraites se caractérise par sa sobriété.

  • Self-service : Systèmes courants, notamment pour les groupes nombreux : chacun compose son assiette en silence ou dans une ambiance feutrée.
  • Repas servis à table : Pratique plus répandue dans les petites communautés, avec des membres de la maison ou des bénévoles qui servent les retraitants.
  • Pique-nique ou repas sous forme de panier : Pour des journées de marche ou de désert, des formules « à emporter » sont parfois proposées.

Le silence à table, une expérience insoupçonnée

La pratique du silence est fréquente pendant la retraite. Ce choix peut dérouter, mais il bouleverse en profondeur la relation au repas. Goût, texture, couleur : prêter attention à chaque bouchée redonne toute sa force à la nourriture. Plusieurs maisons proposent un tableau précisant les temps de silence : parfois, seul un repas par jour est silencieux ; dans d’autres lieux, tous les repas le sont.

Outre le silence collectif, il arrive que la lecture à voix basse accompagne le repas (lectio), notamment dans les abbayes bénédictines, comme à l’abbaye de Solesmes (abbayedesolesmes.fr).

Qu’est-ce qu’on mange pendant une retraite ?

Les repas lors d’une retraite sont marqués par la simplicité et la qualité, avec une attention particulière portée à l’équilibre nutritionnel et au respect des convictions alimentaires de chacun.

Type de plat Caractéristiques Particularités
Entrées Légumes, potages, crudités, parfois salades composées Souvent issus de productions locales
Plats principaux Légumineuses, céréales, œufs, fromages, poisson ou volaille ponctuellement Menues très majoritairement végétariens
Desserts Fruits frais ou compotes, yaourts, gâteau maison occasionnellement Sobriété, sans excès sucré

Selon une enquête menée en 2022 auprès de 54 maisons de retraite spirituelle françaises (La Vie), 81% des repas servis sont végétariens, une façon de s’ajuster au plus grand nombre et de faciliter la digestion. Parmi les spécificités :

  • Utilisation privilégiée de produits locaux et de saison (jardins partagés, partenariats avec agriculteurs de proximité).
  • Proposition de plats adaptés aux régimes sans gluten, sans lactose ou encore vegan, sur simple demande à l’inscription.
  • Pas d’alcool pendant les repas ; thé, tisanes et eau sont les boissons principales.
  • Le jeûne fait parfois partie du parcours, souvent de manière facultative ou symbolique (ex. jeûne au pain et à l’eau le vendredi dans certains lieux).

L’attention portée au détail : les valeurs derrière la cuisine des retraites

Si la simplicité domine, la discrétion et la sollicitude de ceux qui préparent et servent les repas méritent d’être soulignées. Dans une étude menée en 2021 par le Réseau des Accueils Spirituels en France, plus de 90% des maisons considèrent le repas comme un outil d’accueil et de soin. Cela se manifeste ainsi :

  • Présentation soignée, tables fleuries ou nappes simples, vaisselle désassortie mais propre et chaleureuse.
  • Respect des rythmes : on peut finir son assiette tranquillement, nul ne presse pour débarrasser.
  • Participation à la vaisselle ou au rangement possible, souvent proposée comme un service autant qu’un partage : un temps pour prendre soin ensemble du quotidien.

Vivre l’expérience : conseils pour aborder les repas d’une retraite

  • Prendre le temps de goûter : S’arrêter sur les saveurs, observer les couleurs, favoriser la lenteur.
  • Expérimenter la sobriété : Redécouvrir que la faim authentique permet d’apprécier chaque bouchée.
  • Se laisser surprendre par le silence : Écouter les bruits de la salle, le coup de fourchette, la pause.
  • Oser demander en cas de besoin alimentaire particulier, l’esprit d’accueil prévaut toujours sur la règle.
  • Participer, si la formule le permet, à la préparation ou au débarrassage : occasion de rencontres nouvelles, souvent silencieuses, mais habitées d’une grande fraternité.

Des repas porteurs de sens : expériences et témoignages

Nombre de retraitants expriment, après quelques jours, combien ces repas allégés, silencieux ou collectifs, transforment leur rapport à l’alimentation mais aussi à l’autre. Jocelyne, accueillie à Nouan-le-Fuzelier, confie lors d’un reportage pour France Catholique : « Je n’avais pas mangé dans une ambiance aussi paisible depuis mon enfance. J’ai réalisé que le repas pouvait redevenir un acte simple, sans distraction. Je repars avec le goût d’amener ça chez moi, d’inviter le silence à table, parfois, quand la fatigue demande de souffler. »

D’autres témoignages soulignent la fraternité retrouvée dans la préparation partagée, ou la gratitude ressentie pour la qualité discrète des repas, élaborés avec attention et générosité—souvent par des bénévoles.

L’après-retraite : et si on gardait un peu de cet esprit à la maison ?

Vivre cette expérience de repas pendant une retraite résonne souvent bien après le retour. Pour prolonger ce que l’on a découvert en Sologne ou ailleurs, il est possible de cultiver quelques habitudes :

  • Dresser la table avec soin, sans excès.
  • Accepter le silence lors d’un repas, pour savourer autrement la présence de ceux que l’on aime.
  • Prendre le temps de cuisiner des plats simples, avec des produits de saison, en accord avec l’environnement et le respect de la création.
  • Accueillir la possibilité de gratitude, même pour un modeste morceau de pain.

En définitive, la table lors d’une retraite spirituelle n’est jamais qu’un détour par l’essentiel : apprendre à vivre, ensemble ou en silence, l’attention à ce qui nourrit, du corps jusqu’à l’âme.

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